Chercheuse en Joie

L’enfant

par | Fév 7, 2026 | Le jeu de la Vie

Les moments les plus savoureux de l’enfance étaient pour moi ceux que je passais dans ma chambre – à lire ou à me raconter des histoires. En grandissant, mes lectures et mon écriture se sont transformées en méthode scientifique pour explorer la vérité à propos de moi-même. L’introspection a donc été ma voie initiale de libération. Puis, bien plus tard, la naissance de ma fille m’a fait découvrir la voie de la dévotion.

Après mon burn-out, pendant mon arrêt maladie, j’ai refocalisé toute mon attention sur elle : ça me faisait m’oublier moi-même. Je la regardais grandir, et tombais très facilement dans la contemplation de cette vie brute, sans conditionnement, qui s’exprimait à travers ce petit être. Je l’observais vivre – libre, joyeuse, insouciante. Elle me montrait la marche à suivre, car c’était vers cela que mon cœur poussait.

Même si je n’en avais pas le souvenir, je sentais que ma fille me rappelait à moi-même, au même âge. Car en réalité – dans la petite enfance – nous avons tous connu cet état de plénitude et d’unité dont parlent les sages. Et c’est uniquement en le revivant, à l’âge adulte, que leurs mots ont pris pour moi tout leur sens. Sans le comprendre, je savais de quoi ils parlaient car je le vivais.

En grandissant, il est commun que l’enfant oublie sa nature véritable. À travers l’observation de son entourage et son interaction avec le monde, il commence à croire des choses fausses à propos de lui-même ; et des voiles opaques se déposent petit à petit sur cette vérité profonde. Au fil du temps, l’enfant apprend à s’identifier aux pensées, aux émotions et aux peurs qui le traversent. Il se met à écouter ces voix du mental et de l’ego qui ne cessent de s’exprimer, lui donnant un sentiment d’individualité avec un passé et des étiquettes – lui faisant croire être quelqu’un.

Et c’est la croyance d’être une entité séparée du reste – d’être coupé de l’amour qui le constitue – qui est la source de toutes ses souffrances. Il est destiné à souffrir pour des vies et des vies, tant qu’il ne parvient pas à se « souvenir » qu’il n’a jamais été séparé, car c’est lui la source.

Pourquoi l’âme s’incarne-t-elle donc sur Terre ? Quel est le but de cette création ? L’Intelligence derrière toute chose est comme une enfant joyeuse qui « joue » à se raconter des histoires. Le monde est fait d’histoires, imbriquées dans des histoires, elles-mêmes enchevêtrées dans d’autres histoires. Et tout comme l’humain prend plaisir à visionner un bon film ou à lire un bon roman, cette Source s’amuse à se prendre au jeu dans ses propres fictions.

En grandissant, en oubliant sa nature, l’enfant s’identifie au personnage dans l’un de ces nombreux récits. La vérité est qu’il a toujours été – et sera toujours – le conteur à l’origine de toute histoire ; et le but de toute existence est de se souvenir de ça, de sortir du personnage, de s’extraire du film.

Le 20 Mars 2025, j’ai réalisé que je n’avais fait que rêvé ma vie. D’une certaine façon, je suis toujours cette enfant qui joue dans sa chambre à se raconter des histoires. Et cette enfant a beaucoup d’affection pour tous ses personnages. Elle trouve tellement de plaisir à se laisser emporter par son roman, qu’elle en ressent intensément les émotions de son héroïne. Ce jour-là, au volant de ma voiture, c’était comme si ma mère m’avait soudainement appelée de la cuisine pour venir prendre mon déjeuner. Ça m’a instantanément aspirée hors de l’histoire. Ce que je vivais à ce moment-là m’apparaissait plus réel que tout ce que j’avais vécu jusque-là.

J’ai ainsi découvert qu’il n’y a absolument rien d’effrayant dans ce monde, car je suis en fait l’enfant qui se l’imagine.

 

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