Ces jours-ci, j’ai l’impression que les dernières traces de « Marie » sont en train de s’évaporer, comme un drakkar qui s’éloigne lentement de la rive pour ne jamais revenir. Les dernières empreintes laissées par mon passage sont balayées par les intempéries et le cycle des saisons de la Terre. Et cette histoire qui m’était si chère – à laquelle j’avais tendance à m’accrocher comme une moule à son rocher – tombe tranquillement dans l’oubli.
C’est drôle de constater que j’ai cessé d’essayer de m’expliquer les choses. Même ce mental qui avait toujours adoré faire des montagnes de théories (y compris sur l’Éveil) s’est récemment mis à capituler et à s’abandonner. Finalement, j’ai eu beau retourner le casse-tête de cette incarnation humaine dans tous les sens, j’en suis toujours arrivée à la même conclusion inaliénable : celle de la foi.
À chaque déroulement de pelote, je découvrais que la réelle cause originelle de mon mal-être et de tous mes désespoirs était l’absence de foi. La perte de foi en Dieu ; le manque de foi en moi. Ce même manque de foi qui nous fait parfois songer que la vie est mal faite ; que ce monde est dangereux ; que l’humanité court à sa perte ; et que ce soi-disant dieu est tout bonnement injuste et cruel.
– L’humain est d’une beauté à couper le souffle –
Car, malgré la noirceur qui lui ronge l’âme et le fait d’être constamment assailli par ses peurs, il est capable de laisser naître en son sein la chose la plus attendrissante qui soit. Au milieu de ces sombres pensées – de peine, de destruction et de regrets – vient se lover au creux de son cœur une minuscule pépite de foi. Comme une graine de tomate semée au gré du vent, qui se mettrait spontanément à germer.
La foi – cette confiance indescriptible, inaltérable – fragile et vacillante, comme une flamme de bougie posée dans un courant d’air ; et à la fois constante, toujours présente, même dans les moments les plus inattendus. Elle nous insuffle la toute-puissance de l’Être derrière ce monde des apparences.
« Avoir la foi » ne se choisit pas ; c’est plutôt elle qui nous choisit. Mais une fois qu’elle pointe le bout de son nez dans ce petit nid douillet, elle ne cesse plus de gazouiller dans chacun des replis de Soi. Elle occupe de plus en plus d’espace et finit par tout envahir. Elle se goûte, se ressent, se vit ; mais elle ne s’explique pas.
Faire le saut de la foi et braver toutes les tempêtes. Ce même saut qui nous pousse à mettre au monde un enfant, en sachant pertinemment que la vie telle qu’on la connaissait en sera changée à jamais. Celui-là qui permet également de s’abandonner dans le flot perpétuel – entièrement – et de se laisser porter par le courant – confiant.
Pourtant c’est important de se poser des questions. Le doute est sain, le doute est bon.
Toutes ces histoires de chemin spirituel ne sont-elles pas simplement le fruit d’un grand délire collectif ? Si suffisamment de gens se rassemblent et se répètent, en boucle, les mêmes histoires fausses – un peu comme un lavage de cerveau – n’est-ce pas naturel que de plus en plus de personnes finissent par prendre ces mensonges pour vérité ? Ces soi-disant extases spirituelles ne sont-elles pas les effets de banales interactions entre diverses molécules dans notre système nerveux ? De telles réactions biochimiques ne peuvent-elles pas également expliquer les impressions de sorties de corps, de voyages astraux et de communications avec les morts ?
Des questions tout à fait valides, qui ne peuvent être répondues que par soi-même ; en expérimentant directement la bonté et la sagesse de la Vie ; en travaillant quotidiennement le muscle de la foi.
Après tout, c’est humain d’essayer de s’agripper à quelque chose de logique, de rassurant, de « compris ». Sur le chemin, j’ai souvent essayé de me raccrocher à des concepts, des certitudes et des explications. Il a fallu une certaine maturation pour réaliser que, plus j’essayais, plus cela semblait m’échapper. Le sol se dérobait sans arrêt sous mes pieds car la vie me mettait au défi de lâcher toutes mes idées arrêtées. Ça m’a demandé du temps d’accepter cela.
D’une certaine façon, je le vis comme un continuel saut de la foi. Car l’unique vérité est renouvelée à chaque instant. Cette vérité fondamentale ne peut être ni définie, ni limitée, ni saisie. Elle se dévoile progressivement comme une évidence, mais se vit aussi comme un grand mystère.
Je n’ai finalement pas l’importance que j’avais cru avoir auparavant. Je ne veux rien. Je ne sais rien. Je ne contrôle rien. Je me laisse couler dans la vulnérabilité de ce « je ne sais pas ».
Ça me fait me sentir complètement libre ; et cette liberté totale d’Être fait naître en moi la joie.
Je n’ai besoin de rien de plus car j’en arrive au même constat que Leibniz par son approche philosophique : nous vivons dans le « meilleur des mondes possibles ».
Et nous n’expérimentons rien d’autre que perfection.

Super beau. MERCI pour ce temps de lecture suspendu !