Chercheuse en Joie

La vulnérabilité

par | Avr 30, 2026 | Silence

J’entends parfois, lors de partages : “J’aimerais savoir où j’en suis sur le chemin”, “Je me demande si je suis éveillé” ou “Je ne sais pas si je suis éveillé et de toute façon je m’en fiche”. C’est drôle car ça ne peut être qu’une trace d’ego qui s’exprime là – ego qui essaye, une fois de plus, de s’approprier le vécu.

Car la Conscience ne se pose pas ces questions : Elle est, simplement.

C’est normal, ça fait partie du jeu. Mais je remarque différents niveaux de vulnérabilité chez chacun. Et, si chemin il y a, alors la progression se mesure probablement à cette disposition grandissante à la fragilité. Cette inclination à se mettre à nu, à se laisser être complètement exposé. Comme le lapin sauvage qui se risque à traverser un champ ouvert, mais prend quand même soin de faire des bonds majestueux et heureux.

Car au fil d’une recherche authentique, les filtres de protection – pour lesquels on pensait tant devoir travailler – tombent un à un. On devient de plus en plus ouvert à se faire crucifier par l’expérience ; y compris – s’il le faut – celle de ne jamais conscientiser le Réel derrière l’illusion, celle d’avoir tout faux, de s’être encore trompé. Il faut abandonner tout ce que l’on croit savoir, tout ce que l’on croit maîtriser.

Et plus on accepte de se sentir vulnérable, plus il est facile d’accéder à cette inaltérabilité – en arrière des peurs, des sensations physiques douloureuses et de cette souffrance émotionnelle qui ne semble pas vouloir vivre sans nous.

C’est finalement le fait d’être disposé à tout perdre qui nous libère définitivement et nous offre le monde sur un plateau. C’est, là, l’un des grands paradoxes de l’expérience humaine.

La vraie question n’est donc pas : « Suis-je éveillé ? », mais plutôt : « Suis-je content ? » ou « Suis-je ok avec ce qui est ? ». Si la réponse est oui, alors la question d’« être éveillé » ne se pose plus. Car la notion d’Éveil n’est qu’un simple concept qui pointe vers un vécu direct, inexplicable par les mots. Ce n’est pas tant un état à atteindre mais plutôt une posture défensive automatique qui est à conscientiser et à abandonner. Seulement, alors, l’on peut se mettre à vivre pleinement, intensément – à l’image du lapin sauvage.

L’éternité passe en une demi-seconde mais l’aventure se poursuit à l’infini.

Parfois, cette question d’Éveil revient comme un réflexe et c’est l’occasion de se demander : Qu’est-ce que je crois encore devoir défendre ? Qu’est-ce que je cherche à protéger ? Et pourquoi aurais-je besoin d’une énième validation pour Être, pour vivre simplement ce miracle qui se déroule sous mes yeux ?

La véritable saveur de la vie n’émerge que dans cette expérience radicale de vulnérabilité, d’ouverture, de tendreté.

1 Commentaire

  1. Louis

    J’adore l’image du lapin sauvage!
    Elle restera en moi.

    J’ai une variante à ta “vraie question “. Une question qui se pose à moi de temps à autre, à l’impromptu:

    “En ce moment précis, suis-je parfaitement heureux?”

    Et la fascinante réalisation, qui suit immédiatement, qu’il n’est pas possible de répondre “non”.

    Réponse

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