J’ai réalisé récemment que j’avais vécu la plupart de ma vie avec la sensation douloureuse d’être “unlikable”. Il n’y a pas vraiment d’équivalent en français ; ça décrit simplement quelqu’un qu’il est dur d’aimer. “Disposable” fait également partie de ce registre d’étiquettes que je me serais inconsciemment accolées à travers les expériences d’amitiés décevantes et souffrantes. Encore une fois, le terme anglais est plus adapté pour décrire cette sensation d’être aisément remplaçable, “jetable”.
Je ne saurais isoler la part de cette ambiance intérieure que j’ai épongée de ma famille – parents, frère, sœurs – de celle qui est propre à Marie. Mais c’est une impression tellement familière que je ne me rends même pas compte qu’elle est là – bien ancrée, grippée – et elle teinte toujours certaines de mes expériences.
Évidemment, tout cela découle de programmes, mais l’écho de la peine et de l’amertume que cette croyance inconsciente a provoqué au fil des années est bien là. Ça profite de ces temps de calme et de paix pour ressortir et – enfin – être transcendé.
Ce qui doit sortir doit sortir, comme une pluie de météorites déposée en offrande à l’univers. Et quand ça sort, ça fait des remous. Rien ne sert de plaider ou de marchander.
De « là où je me tiens » aujourd’hui, cette impression me paraît insensée ; pourtant, elle est si difficile à désosser. Le fait d’avoir appris, peu à peu, à vivre sans dépendre de l’amour d’un autre en a bien sûr atténué son impact. J’ai même parfois été jusqu’à, fièrement, la revendiquer. Mais cela ne l’a pas rendue complètement obsolète pour autant.
Et c’est “drôle” de constater à quel point une pensée fausse qui n’est pas déboulonnée à sa racine se métamorphosera à l’infini, n’en faisant que renforcer son emprise sur le monde manifesté.
Nous créons chacun notre univers par notre façon de croire. Si celle-ci inclut l’idée de ne pas être facile à aimer, alors la vie mettra sur notre chemin des êtres et des situations qui nous feront vivre ce désamour, encore et encore. Ces âmes sont finalement à remercier car elles nous guident pour aller plonger notre regard là où nous n’avons – jusqu’à présent – pas voulu aller voir.
Changer cette croyance, ça commence avant tout par se donner – à soi – cet amour, ce soin que l’on aurait tant aimé que l’autre nous apporte ; afin de réaliser que tout est amour et que ce pâle amour humain, que nous avons passé la majorité de notre vie à chasser, à quémander, à pleurer, nous n’en avions en fait jamais eu besoin.
Peux-tu sentir, dans le noyau-même de chacune de tes cellules, à quel point il est facile et naturel de t’aimer ? Non pas parce que tu es beau, fort, drôle, gentil, mais simplement parce que tu es.
Comment, toi, l’Amour incarné, manifesté, pourrais-tu être unlikable ou disposable ? C’est la définition même de l’absurdité dont il est grand temps de se déchausser.

Merci de nous parler d’ambiance intérieure, qui “peut être tellement familière qu’on ne se rend même pas compte qu’elle est là”.
Invitation géniale à diriger le regard de ce coté-là, jusqu’ici occulté chez moi.
Et merci aussi — surtout — pour cet exercice que tu nous proposes à la fin, d’aller directement à l’essentiel, “dans le noyau-même de chacune de tes cellules”.
Tes mots résonnent parfaitement en moi.