M’identifier aux voix que j’entendais dans ma tête était devenu comme une seconde nature, un réflexe, une addiction. L’illusion me semblait tellement réelle : j’étais persuadée que ces voix venaient de moi, qu’elles étaient moi.
« Attendre la Réalisation » était un piège du mental car la liberté ne s’inscrit pas dans le temps – la liberté c’est maintenant.
J’ai appris à cesser d’attendre quelque chose qui n’arriverait pas ; à arrêter de chercher ailleurs ce qui était déjà là ; à laisser causer ces voix qui ne cessaient de s’exprimer en moi et me disaient que je n’y étais pas.
Comme un enfant joue à la maîtresse ou à la marchande, je me suis amusée à faire semblant que j’y étais déjà : « On dirait que j’étais Dieu ! ».
En réalité, ce mental n’est pas ma responsabilité. Il ne m’appartient pas ; il n’est pas moi. Il n’indique rien sur qui je suis et n’impacte en rien ce que je suis vraiment, en arrière-plan.
Lui, il vit simplement sa vie de mental. En m’emmenant toujours ailleurs – dans mes peurs – il croit bravement me protéger. Il est également très fort pour banaliser tous ces petits miracles qui ont lieu au quotidien, sous mon nez.
Au lieu de le combattre, j’ai réalisé que c’était plus facile de l’accepter, de l’apprivoiser – comme un chiot fou qui aurait besoin d’être recadré. Je le laisse s’exprimer mais je défocalise de ce qu’il me raconte ; je ne le crois pas.
Il devient alors comme une petite radio qui s’allume dans un coin de ma tête – radio à laquelle je peux décider ou non de prêter attention.
Pratiquement, comment je fais ?
La méditation aide certains chercheurs à apaiser ces voix qui semblent les envahir sans arrêt : ça les fait « s’oublier ». Mais il n’y a pas que la pratique spirituelle pour dompter un mental actif et rééduquer le cerveau.
Toute activité faite avec amour le permet.
Pour ma part, sur le chemin, je n’ai jamais réussi à méditer. Je m’oubliais plus facilement dans mon activité quotidienne de recherche scientifique mais également dans ma couture, mon tricot ; dans le fait de lire un bon roman, de faire du tri dans mes affaires, du rangement ; dans le fait d’essayer un nouveau plat culinaire, ou de passer ma journée à faire un pain au levain ; dans mon écriture, dans mes lectures sur tous les sujets qui m’intéressaient ; ou juste dans rester là, tranquille, à rêvasser. Ces derniers temps, j’ai découvert le tressage de paniers en rotin : c’est comme un puzzle, c’est dur de s’arrêter !
Le principal est de suivre la joie sans jamais rien forcer – d’aller droit à soi.
En me concentrant sur chacun de ces gestes au quotidien, avec soin, j’accéde à ce Cœur en moi – tel une fontaine débordante d’amour et de compassion. Il m’encourage à me mettre au service de l’autre, au service de la vie, sans rien attendre en retour.
Car l’amour est le chef d’orchestre. Et je réalise finalement que j’y ai toujours eu accès, car c’est en réalité ce que je suis.
Il ne me reste donc plus qu’à m’y abandonner.

Ces lignes inspirent une joie immense et ont invité l’humidité dans les yeux d’Olivier… c’est tellement limpide! Merci pour ton accompagnement sur mon chemin, Marie.