Chercheuse en Joie

L(‘)ego

par | Fév 15, 2026 | Témoignage

Suite à une trahison d’amour, j’ai senti un jour mon cœur se briser physiquement. Je n’avais jamais imaginé que cela puisse faire si mal ; et mes nombreuses années de travail intérieur – de détachement – n’y ont rien fait : là, étalée sur la moquette de mon appartement aux colombages normands, je croyais ne plus jamais pouvoir respirer normalement.

D’un sens, j’ouvrais les yeux sur la nature illusoire de cette relation, et je me sentais soulagée de m’être enfin sortie de cette prison. Alors pourquoi me sentais-je torturée par tant d’émotions ?

Cette souffrance me dépassait tellement, que ça m’est devenu évident : ce n’était pas la situation en elle-même qui en était responsable, mais l’existence de cet ego qui s’exprimait en moi – mais qui ne semblait pas être moi – et qui résistait à ce qui était.

Moi, je voulais me sentir heureuse pour eux et savourer ma liberté qui m’avait tant manquée. Mais cet ego dont je ne savais comment me débarrasser m’en empêchait.

Cet ego – en réalité – était un tendre mécanisme de protection pour le personnage que je croyais inconsciemment devoir jouer. Comme une armure, il essayait tant bien que mal de m’empêcher de me désintégrer. L’épluchage de l’ego se faisait donc généralement progressivement – jamais plus vite que ce que l’on était prêt à supporter. Mais ce jour-là, ce bouclier en moi s’était comme fissuré.

Et au centre de cet immense chagrin, une intensité radiale avait éclos en mon sein. Je sentais une lumière qui prenait sa source du plus profond de moi-même. Elle rayonnait son amour à travers mes membres, toutes mes cellules, et par chaque atome qui me constituait. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait ; je laissais les vagues me modeler – sans m’y accrocher. À travers les larmes et le désespoir, j’avais accédé à un socle bien plus profond en moi, car les échos de cette déception m’avaient ouvert un pont vers une autre dimension.

C’était quelque chose de très doux qui avait toujours été là. Et en ne mettant plus ma confiance que là, je sentais en moi poindre la joie.

J’avais intimement conscience que cette expérience n’était pas le fruit du hasard. Il n’y avait jamais eu d’échecs, car le sentier s’était créé sous mes pieds – chaque pas déterminant pour que j’en arrive précisément à ce moment-là. Tous les nœuds de ma courte existence me semblaient – au contraire – être des blocs de Lego s’emboîtant parfaitement les uns aux autres. Chaque élément perturbateur dans mon programme n’était autre qu’un élément prévu dans le plan de l’intelligence de vie pour me ramener à elle – pour me rappeler à Soi.

J’avançais désormais en état de conscience, même si je savais n’être qu’aux prémices de la voie. J’avais compris qu’à la racine de ma souffrance, ne résidait qu’une simple inflexibilité à « ce qui était ». La solution était donc de m’y abandonner.

Et cette douleur – en apparence insupportable – qui ne semblait pas vouloir vivre sans moi, m’avait quelque part insufflé le courage de laisser cette ancienne vie, loin derrière moi.

1 Commentaire

  1. Romain Dubray

    Ce passage du livre m’a vraiment marqué où tu racontes le choc que tu as vécu avec ton ex petit ami

    Pour moi ça a été un processus similaire
    Au bord de la rupture avec mon ex copine, avec une crise de vertiges et d’acouphènes qui m’a rendu sourd d’une oreille ( provisoirement heureusement)
    Je me suis allongé dans le lit, une douceur et un amour m’a soudainement envahi de la tête au pied
    La souffrance a lâché et tout mon corps fut imbibé d’amour et de joie pendant un instant d’éternité
    Je ne savais pas si je retrouverai l’audition ni si les vertiges allaient cesser pour de bon
    Mais cet Amour si vibrant si doux était tout ce qui comptait, plus rien n’avait d’importance a part ça

    Ton récit me permet de me rappeler de ca
    🙏

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